Dans les denses forêts nuageuses du Costa Rica, les mammifères ont développé une méthode de communication sophistiquée, quoique compliquée. Des recherches récentes suggèrent que certains arbres servent de « latrines arboricoles » – des toilettes communes où un large éventail d’espèces se rassemblent pour déféquer, uriner et laisser des traces odorantes.
Une découverte dans la canopée
Le phénomène a été identifié par Jeremy Quirós-Navarro, taxonomiste des plantes à l’Université du Connecticut, qui est tombé sur un tas de déchets à un carrefour alors qu’il documentait la vie végétale. Cette découverte accidentelle a conduit à une étude systématique de 169 arbres de 29 espèces différentes.
Les résultats ont été frappants : les chercheurs ont identifié 11 latrines distinctes, et chacune d’elles était située dans un type d’arbre spécifique : le figuier étrangleur (Ficus tuerckheimii ). En fait, 73 % des figuiers étrangleurs interrogés contenaient au moins une latrine.
Pourquoi le figuier étrangleur ?
La préférence pour F. tuerckheimii est probablement dû à son architecture unique. Contrairement à de nombreux arbres, le figuier étrangleur développe une structure spécifique au niveau de sa couronne qui ressemble à une main large et étalée.
- Plateformes structurelles : Les jonctions où se rencontrent les grosses branches créent des plates-formes plates et stables pouvant atteindre un mètre de large.
- Substrat accumulé : Ces plates-formes collectent de la terre et des petites plantes, créant une surface « semblable à celle du sol » en hauteur dans la canopée.
- Un rôle clé : Au-delà d’être une salle de bain, le figuier étrangleur est une espèce clé, ce qui signifie qu’il est vital pour l’écosystème. Il fournit de la nourriture, un abri et sert d’« autoroute » pour les animaux se déplaçant à la cime des arbres.
Un “babillard électronique” multi-espèces
Pour comprendre l’impact social de ces sites, les chercheurs ont installé un piège photographique dans une latrine. Sur une période de deux mois, la caméra a enregistré environ trois visiteurs par jour, représentant 17 espèces de mammifères différentes.
Les visiteurs comprenaient :
– Utilisateurs fréquents : Porcs-épics nains poilus mexicains.
– Divers résidents : Kinkajous, opossums, souris de poche, coatis et singes capucins.
– Prédateurs : Même le discret margay (un petit chat arboricole) a visité le site, mais principalement pour pulvériser de l’urine.
“Vous avez tous ces animaux qui se rassemblent, marquent leur odeur, déféquent, urinent et puis, dans certains cas, se roulent dedans”, note Mike Cove, mammologue au Musée des sciences naturelles de Caroline du Nord.
Ce comportement transforme les latrines en un hub de communication. En laissant des déchets et des traces odorantes, les animaux peuvent diffuser des informations sur leur présence, leur sexe et leur santé aux autres, utilisant ainsi le figuier comme réseau social à haute altitude.
Hypothèses difficiles sur les paresseux
L’une des découvertes les plus surprenantes concerne les paresseux à deux doigts de Hoffmann. Auparavant, on croyait que ces animaux devaient descendre sur le sol forestier pour déféquer. Cependant, le piège photographique a capturé deux cas d’une femelle paresseuse avec ses petits utilisant les latrines à baldaquin.
Cela suggère que les paresseux pourraient préférer les « toilettes » au sommet des arbres pour éviter les risques élevés associés à la descente au sol, où ils sont plus vulnérables aux prédateurs.
Conclusion
La découverte de ces latrines arboricoles met en évidence le rôle essentiel du figuier étrangleur en tant que centre multifonctionnel de la biodiversité tropicale. En fournissant un emplacement centralisé pour le marquage des déchets et des odeurs, ces arbres facilitent la communication interspécifique essentielle au sein du couvert forestier.
































